Les écoles du Nouveau-Brunswick jouent un rôle de premier plan dans la promotion de la saine alimentation

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La Politique 711 a établi la norme pour les types d’aliments et de boissons dont la vente et la promotion sont permises dans les écoles publiques.

La Politique 711 a établi la norme pour les types d’aliments et de boissons dont la vente et la promotion sont permises dans les écoles publiques.

Petit guide sur la Politique 711 : Nutrition et amélioration de l’alimentation en milieu scolaire

PAR SEAN SULLIVAN
CSAAP / HEPAC

Près d’une décennie après que le Nouveau-Brunswick a introduit une politique révolutionnaire pour aider les enfants d’âge scolaire à mieux manger et à rester en santé, le bilan est à la fois bon et mauvais.

Adoptée en octobre 2005, la Politique 711 : Nutrition et amélioration de l’alimentation en milieu scolaire figure parmi les premières du genre au Canada et a établi la norme pour les types d’aliments et de boissons dont la vente et la promotion sont permises dans les écoles publiques.

Depuis, écoles, enseignants, élèves et parents de toute la province ont mené un changement culturel qui a transformé la façon de s’alimenter des jeunes Néo-Brunswickois. Des initiatives comme le Programme d’action communautaire en alimentation et la trousse CHEF donnent aux communautés et aux particuliers les moyens d’enseigner des habitudes alimentaires saines auxquelles les enfants resteront fidèles pour la vie. Et les écoles innovent en trouvant des moyens originaux pour inspirer les élèves à choisir le lait plutôt que la Gatorade ou le quinoa plutôt que les frites.

Pourtant, la Politique 711 continue d’évoquer de nombreuses questions : quels aliments sont permis dans les écoles et lesquels ne le sont pas? Comment assure-t-on le respect de la politique? Comment les écoles se sont-elles adaptées aux menus plus nutritifs?

Bienvenue au Petit guide de la CSAAP sur la Politique 711!

Qu’est-ce que la Politique 711?

Dans le cadre de la Politique 711, les aliments sont divisés en trois catégories en fonction de leur valeur nutritive. Les aliments et les boissons à valeur nutritive minimale – c’est-à-dire ceux qui contiennent peu de nutriments, mais beaucoup de gras, de sucre ou de sel – ont dû être éliminés des cafétérias, distributeurs automatiques et activités de collecte de fonds de toutes les écoles publiques au plus tard en 2007. La Politique 711 sonnait le glas des repas pizza, des fêtes-gâteaux et des journées à la crème glacée.

Les écoles devaient plutôt promouvoir les aliments à valeur nutritive maximale, comme les grains entiers, les légumes frais et les viandes non transformées. Ces aliments doivent désormais représenter la majorité des aliments servis dans les cafétérias et les distributeurs automatiques et ils doivent être offerts tous les jours. Les aliments considérés comme ayant une valeur nutritive moyenne, c’est-à-dire ceux qui constituent une bonne source de nutriments, mais peuvent avoir une teneur élevée en gras, en sucre ou en sel (pensez aux boissons au yogourt, aux fromages et aux viandes froides maigres), sont permis deux fois par semaine au plus.

Lien : la Politique 711 : Nutrition et amélioration de l’alimentation en milieu scolaire
Lien : Guide sur la Politique 711
Lien : la Politique 711 : Catégories d’aliments

La politique a été conçue en réponse aux « préoccupations croissantes au sujet des habitudes alimentaires des enfants, avait affirmé en 2005 la ministre de l’Éducation de l’époque, Madelaine Dubé. Cette politique montre très clairement que nous sommes déterminés à créer un milieu scolaire qui maximise la capacité des élèves à apprendre et à réussir ».

La recherche indique que les habitudes de vie saines contribuent au rendement scolaire et à la prévention des maladies chroniques plus tard dans la vie et que les habitudes alimentaires acquises en bas âge perdurent à l’âge adulte.

« De très nombreuses données indiquent que les habitudes saines sont établies durant l’enfance, affirme Dre Lynn Hansen, présidente de la Société médicale du Nouveau-Brunswick. Nous devrions faire tout notre possible pour assurer que les enfants ont accès aux meilleurs aliments disponibles. »

La Politique 711 a également donné lieu à une panoplie de suggestions visant à promouvoir la saine alimentation et la nutrition dans toute la communauté scolaire. Par exemple, les écoles devraient organiser des activités qui renforcent les messages au sujet de la saine alimentation et de la nutrition, les enseignants devraient donner l’exemple en mangeant sainement et les parents devraient préparer des dîners santé pour leurs enfants.

Avec l’avènement de la Politique 711, la vente d’aliments riches en gras, en sucre et en sel est interdite dans les écoles depuis 2007, année où la politique a été adoptée partout dans la province.

Mais est-ce que ça fonctionne?

Bien que le gouvernement n’ait pas officiellement évalué la Politique 711, une récente campagne menée par la Société médicale du Nouveau-Brunswick et les Diététistes du Nouveau-Brunswick en action semble indiquer que certaines écoles ont de la difficulté à offrir des repas santé.

Dans le cadre de la campagne Alerte aux menus lancée en novembre dernier,  les médecins et les diététistes ont demandé aux parents de leur remettre une copie du menu de leur école afin de sensibiliser la population à la qualité des aliments offerts aux enfants et aux adolescents dans la province.

Un exemple d'un menu reçu par la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

Un exemple d’un menu reçu par la Société médicale du Nouveau-Brunswick.

Trente-six menus représentant les sept districts scolaires ont été recueillis. Si bon nombre d’entre eux comprennent des mets innovateurs conformes aux exigences de la Politique 711 (comme un filet de saumon accompagné de navets, maïs et brocoli), les hamburgers et la pizza dominent encore le menu de bien des écoles.

« Nous avons trouvé d’excellents menus qui impressionneraient même certains restaurants, mais aussi des menus plus ou moins bien qui se permettent d’inclure des aliments à valeur nutritive modérée, indique Vanessa MacLellan, Dt.P., coprésidente des Diététistes en action. Parmi ces aliments, mentionnons les doigts ou croquettes de poulet pané. Il est permis de servir des aliments à valeur nutritive modérée deux fois par semaine, mais dans certaines écoles, les enfants peuvent en manger tous les jours. »

La Politique 711 dicte que les aliments sains doivent être vendus au « prix qui est le plus près possible du prix coûtant », mais les responsables de la campagne ont trouvé que les aliments sains coûtent souvent plus cher que les aliments moins sains. « Si un enfant n’a que 3 $ pour payer son dîner, ses choix sont parfois très limités », affirme Mme MacLellan.

La problématique est en partie attribuable au mode de prestation des services alimentaires dans les écoles du Nouveau-Brunswick. En général, on sous-traite les services alimentaires à diverses entreprises et leur contrat stipule qu’elles doivent se conformer à la Politique 711. Ce sont les directeurs généraux – le Nouveau-Brunswick en compte sept, qui surveillent plus de 300 écoles – qui assurent la conformité.

Si les données empiriques semblent indiquer que certaines écoles ont de la difficulté à satisfaire aux exigences de la Politique 711 – c’est-à-dire à servir des aliments nutritifs à des prix raisonnables – d’autres écoles réussissent en créant une nouvelle façon de nourrir les élèves.

Par exemple, quand le contrat du fournisseur de services alimentaires du Centre communautaire Sainte-Anne arrivait à échéance en 2012, les membres de la communauté sont passés à l’action. Situé à Fredericton, le centre abrite deux écoles [Sainte-Anne (6-12) et les Bâtisseurs (M-5)], ainsi qu’un petit café.

La politique indique que les fournisseurs de services alimentaires sont évalués en fonction de la qualité nutritionnelle de leur menu,  alors 30 organismes sans but lucratif ont fait équipe pour créer le groupe CÉ D’ICI, lui aussi sans but lucratif. Le menu du groupe étant axé sur les ingrédients frais locaux, il a remporté le concours haut la main et s’est vu attribuer le contrat des services alimentaires du centre.

CÉ D’ICI obtient la plupart de ses viandes, fruits et légumes auprès de producteurs locaux et se fait un devoir de fournir des mets plus nutritifs que ceux normalement offerts dans les cafétérias. Parmi les aliments au menu, mentionnons samossas aux légumes avec riz et salade; houmous et taboulé avec pain pita; courge spaghetti avec sauce tomate; et casserole de thon avec salade aux épinards (le menu se trouve sur le site Web du groupe).

Les grandes entreprises à but lucratif doivent satisfaire aux exigences de leurs actionnaires, alors elles réduisent souvent leurs dépenses en diminuant la qualité des aliments, indique Marc Allain, gérant de CÉ D’ICI. Ce n’est pas le cas de CÉ D’ICI. « Nous avons éliminé la marge de profit en créant un organisme sans but lucratif fondé sur une philosophie d’entreprise sociale. »

« Notre mandat consiste à préparer de bons aliments, précise M. Alain. Cela ne nous empêche pas de mesurer notre succès en fonction de notre situation financière à la fin de l’année : si l’organisme n’était pas viable, il n’existerait pas. Mais nous mesurons aussi notre succès par la qualité des aliments que nous servons. »

Les groupes sans but lucratif qui forment CÉ D’ICI se partagent 75 % des profits, tandis qu’une tranche de 20 % est investie dans un fonds communautaire et que les employés se partagent le dernier 5 %. Depuis son lancement, CÉ D’ICI a pris de l’expansion et assure désormais les services alimentaires dans deux autres écoles, soit l’école des Arc-en-ciel et l’école primaire Gesner Street, à Oromocto. À l’école Gesner Street, CÉ D’ICI prépare, trois fois par semaine, des boîtes à lunch qui sont conformes aux lignes directrices de la Politique 711 et qui satisfont aux objectifs du groupe en matière d’ingrédients locaux et nutritifs.

Ce sont les élèves du secondaire de l’école Sainte-Anne inscrits au cours d’entrepreneuriat qui assurent le marketing pour CÉ d’ICI à l’intérieur de l’école. « Ils constatent qu’ils ont de l’influence et un pouvoir décisionnel, explique M. Allain. L’expérience fait ressortir des valeurs qui sont très importantes pour les jeunes de cet âge. »

Par ailleurs, c’est en permettant à ses élèves de promouvoir eux-mêmes la saine alimentation que l’école primaire Summerhill Street les a aidés à réduire leur consommation de sucre.

Selon la Politique 711, il est interdit de vendre ou de servir les boissons gazeuses et les boissons sucrées comme le thé glacé, la limonade et les boissons énergétiques dans les écoles. De plus, les boissons aux fruits doivent contenir au moins 98 % de vrai jus de fruits, sans sucre ni édulcorant ajoutés.

Pourtant, les enseignants de l’école primaire d’Oromocto continuaient de trouver des contenants de boissons très sucrées (Hi-C, Kool-Aid, Sunny D et lait au chocolat) dans les bacs de recyclage. Les élèves apportaient manifestement les boissons de la maison. Une des enseignantes, Cynthia Keizer, a voulu inciter les enfants à prendre de meilleures décisions au sujet des boissons.

Un exposé sur les boissons sucrées présenté à un groupe d’élèves de 4e et 5e années a donné naissance au projet « Re-Think Your Drink » (réfléchissez à ce que vous buvez), une initiative conçue pour instruire les jeunes sur la teneur en sucre de certaines de leurs boissons préférées. Toute la communauté scolaire y a mis du sien.

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Une des enseignantes a créé un drôle de dessin animé, en utilisant la voix des élèves, pour sensibiliser les jeunes à l’importance de choisir du lait ou de l’eau plutôt que des boissons gazeuses. Les élèves vérifiaient les tasses des enseignants pour voir si elles contenaient du café ou de l’eau. Des pairs-mentors ont lancé un concours d’affiches dans toute l’école et ont donné des présentations aux élèves de la maternelle à la 2e année dans une école voisine. Des parents bénévoles ont créé un montage illustrant différents types et formats de boisson avec leur équivalent en sucre.

« Le montage leur a certainement ouvert les yeux », explique Mme Keizer. Et il y a eu d’autres surprises…

« Ils savaient que l’eau est bonne pour la santé, mais ils ne connaissaient pas l’amplitude de ses effets bénéfiques, dit-elle. Ils ne savaient pas que le lait blanc et le lait au chocolat n’ont pas la même teneur en sucre, que le jus contient du sucre ou que les boissons énergétiques comme la Gatorade ont une teneur élevée en sel. »

À la fin de l’année scolaire, le nombre de contenants de jus et de boissons gazeuses dans les bacs de recyclage avait dégringolé. Selon Mme Keizer, le succès de l’initiative est surtout attribuable au fait qu’elle était menée par les élèves.

Ce sont ces genres de programmes innovateurs et d’idées nouvelles qui changent les règles du jeu.

Mélissa Boudreau et Julie Santerre, diététistes en santé publique du Réseau de santé Vitalité, œuvrent auprès de 18 écoles dans le nord-ouest de la province. Elles visitent chaque école au milieu de l’année scolaire pour examiner les menus et discuter de nutrition avec les cuisiniers des cafétérias, qui sont tous des gens de la région et de la communauté plutôt que des employés d’une grande entreprise de services alimentaires.

Bien que la grande majorité d’entre eux suivent la politique, un point semble les préoccuper : certains jeunes trouvent les aliments peu appétissants. Les légumes sont mous, les pommes de terre, sans intérêt et les pâtes, collantes.

Les organisateurs d'un atelier sur l’art de rendre les aliments santé attrayants pour les enfants

Les organisateurs d’un atelier sur l’art de rendre les aliments santé attrayants pour les enfants

Si Mmes Boudreau et Santerre peuvent analyser la teneur en gras, en sodium, en fibre et en sucre des aliments, elles ne sont pas pour autant des expertes en gastronomie. « À titre de diététistes, nous pouvons donner des conseils pour améliorer la valeur nutritive du menu, mais nous ne sommes pas des chefs », explique Mme Boudreau.

Alors, fortes de l’appui du district scolaire, les diététistes ont invité les cuisiniers à un atelier sur l’art de rendre les aliments santé attrayants pour les enfants. Les participants ont été enchantés! « Les autres employés ont l’occasion de suivre des cours de perfectionnement où ils peuvent échanger avec leurs collègues, mais c’est rarement le cas pour les travailleurs de la cafétéria. »

Sous la direction d’un chef invité par le district, les cuisiniers de 17 écoles ont suivi un atelier d’un jour leur proposant de nouveaux aliments et des conseils pour rajeunir leurs menus et embellir leurs assiettes.

Vous voulez des légumes croquants? Arrêtez la cuisson plus tôt que prévu, car ils continueront à cuire sous les lampes chauffantes de la cafétéria. Goûtez toujours aux aliments avant de les servir. Utilisez un peu d’huile pour empêcher les pâtes de coller. Variez les couleurs pour rendre les plats plus attrayants. « On ne mange pas seulement avec la bouche, mais aussi avec les yeux », ajoute Mme Boudreau.

Le chef a aussi introduit des aliments inconnus de bon nombre des cuisiniers, comme le couscous et le quinoa. Ce dernier est un grain polyvalent, riche en protéines et en éléments nutritifs, qui convient parfaitement aux dîners santé.

« Nos écoles ne servent pas toutes du quinoa, mais nous voulions simplement les inciter à essayer des aliments nouveaux et différents », conclut Mme Boudreau.

Si la Politique 711 doit réellement apporter un changement durable dans la province, il faut miser sur la collaboration.

Les parents et les enseignants qui souhaitent que des modifications soient apportées au menu de leur école peuvent communiquer avec Marc Allain, de CÉ D’ICI, car il souhaite multiplier les partenariats de son groupe au cours des prochaines années.

« Nous voulons encourager d’autres à nous emboîter le pas, dit-il. Si vous voulez lancer une initiative semblable ou collaborer avec nous, appelez-nous. Nous nous ferons un plaisir de vous fournir à peu près tout : les aliments, les menus et les recettes! »

« Si nous pouvons contribuer à des projets semblables, nous serons très heureux de le faire. »